Kim et Xavier : Au-delà des toits

By Kim McCormick Non classé Aucun commentaire sur Kim et Xavier : Au-delà des toits

Prônant un comportement citoyen écoresponsable et proposant des espaces récréatifs verdoyants, l’entreprise entreprend en 2019 une phase de développement sans précédent. Portrait d’une PME qui fleurit le quotidien. Entretien avec Kim McCormick et Xavier Laplace qui lui ont donné naissance.

Les Toits Vertige, ça commence comment ?

XAVIER : Tout ça est né d’un projet d’études à l’École de technologie supérieure (ÉTS) où j’ai étudié en génie mécanique. Mon étude portait sur l’efficacité énergétique des toitures végétalisées, une initiative qui avait le vent dans les voiles à l’époque, en Allemagne entre autres. Mon projet a suscité tellement d’engouement que mon professeur m’a proposé de la soumettre à un concours de l’Association québécoise de la maîtrise de l’énergie (AQME). J’ai remporté la deuxième place et ensuite vendu l’étude à Gaz Métropolitain qui voulait proposer l’initiative à ses clients commerciaux. L’année suivante, ils offraient une subvention de 5 $ le pied carré à tous leurs clients qui adopteraient les toits verts.

C’est ce qui m’a permis de me lancer rapidement dans entrepreneuriat, à 25 ans. C’était une période de ma vie où mes responsabilités financières étaient moins contraignantes qu’aujourd’hui. Et je préférais me lancer en affaires au début de ma carrière plutôt que 10 ans plus tard, en mettant notre sécurité en jeu. Avec le recul, je réalise que je n’ai jamais vraiment eu l’intention de travailler comme salarié. D’une certaine manière, en plus de faire vivre mon éventuelle famille, les toitures végétalisées allaient me permettre de recréer l’environnement naturel dans lequel j’ai baigné pendant toute mon enfance, dans les Laurentides, loin des canicules de la ville. J’ai passé de longs étés seuls dans le bois avec des livres de survie comme seuls amis.

KIM : Mon parcours est à l’opposé de celui de Xavier. C’est celui d’une fille qui a quitté le foyer familial à 18 ans et qui est devenue entrepreneure par besoin d’indépendance. Heureusement, j’ai la fibre entrepreneuriale en moi et un bon sens de l’organisation.

Avant de grossir les rangs de l’entreprise, j’ai vendu des vêtements en ligne, sans pour autant considérer la pratique comme une source de revenus stables. À l’époque, Xavier et moi travaillions dans des espaces adjacents. Lui avait ses bureaux en arrière, moi en avant. Entre deux clientes, je faisais les factures de Toits Vertige. Le travail s’accumulait et on devait mobiliser toutes nos forces pour y arriver.

Mais bref, c’est vraiment en travaillant à temps plein pour l’entreprise que j’ai renforcé les compétences requises pour la rentabiliser.

 

L'entreprise Les Toits Vertige est située à Montréal et offre des services de conception de toitures vertes et murs végétalisés.

 

Partenaires d’affaires et couple avec enfants… La conciliation travail-famille, ça se passe bien ?

KIM : Étrangement, c’est en vacances que ça devient compliqué. Lui tombe en vacances, mais pas moi. Je dois continuer à m’occuper des enfants et du quotidien. Je gère la totalité de l’aspect familial à moi toute seule (rires).

XAVIER : Ça s’orchestre super bien, oui (rires). C’est quand même phénoménal de côtoyer une femme à ce point fantastique à toutes les heures de la journée (rires). C’est la raison pour laquelle on se lance dans plein de projets. On carbure à ça, même si on travaille très fort pour faire la coupure entre le professionnel et le personnel. N’en demeure pas moins que chaque année, on discute de nos façons de faire. Pour savoir si on avance toujours dans la bonne direction.

KIM : On s’autostimule beaucoup en effet. L’un propose une idée, l’autre renchérit et ainsi de suite. Comme toute équipe, on se fixe des objectifs et on travaille pour les atteindre. Les enfants baignent là-dedans, c’est inévitable. La famille est véritablement une business au sein de notre business.

Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontés ?

KIM : Sans aucun doute, c’est d’orchestrer tous les projets avec une si petite équipe où chacun porte plusieurs chapeaux. Trop de chapeaux même.

XAVIER : Oui. Et depuis 3 ans, je dirais qu’on cherche à croître «raisonnablement», pour éviter de se considérer comme trop petit pour être gros, et ne pas vouloir être trop gros si on est encore petit. Pour bien faire le saut, il faut être structuré et organisé, et puis surtout apprendre à déléguer et respecter les responsabilités des gens autour de soi. Évidemment, tout vient avec un coût. Pour demeurer compétitif, il faut atteindre l’équilibre entre frais fixes et volume. On ne peut pas doubler la taille de nos équipes si on n’arrive pas à doubler notre chiffre d’affaires.

 

Réalisation Toits Vertige. Conception de toits verts et d'un toit-terrasse pour le Planétarium Rio Tinto Montréal.

 

Vous adoptez cette année une approche verte sans compromis. À quel moment avez-vous ressenti pour la première fois l’appel de l’écoresponsabilité ?

KIM : Ça remonte à mon enfance. Ma mère était du genre à arrêter les automobilistes qui jetaient leurs déchets par la fenêtre. À l’époque, c’était du jamais vu. Quand j’ai lancé ma première entreprise de «guenille», je recyclais les vêtements usagés. Toits Vertige est une entreprise conscientisée de nature, mais on tient à aller plus loin cette année. Pour être vraiment «écoirréprochable», pas seulement en tant qu’entreprise, mais aussi en tant que parents d’enfants de plus en plus conscientisés.

XAVIER : Comme je l’ai dit, la végétalisation a toujours été pour moi ma contribution à la transposition de la nature en ville. C’est ce contact avec la nature qui m’amène aujourd’hui à vouloir la préserver pour mieux la partager.

Quelle a été votre première initiative pour amorcer le virage écologique ?

XAVIER : Avec la végétalisation, je ne me posais pas la question. Je faisais quelque chose de bien pour l’environnement. C’est une fois sorti du tourbillon des opérations que j’ai réalisé à quel point la construction produit beaucoup de déchets. Maintenant qu’on est structuré et bien en selle, c’est le moment pour nous de trouver des nouvelles solutions.

KIM : On veut le faire vivre aux gens autour de nous. On va bientôt lancer l’initiative du LAB 101. Un espace à même nos locaux qui servira de carrefour pour tous les «acteurs du changement». On prévoit y réunir des professionnels de tous les milieux pour discuter des meilleurs pratiques et devenir des modèles en matière d’écoresponsabilité.

On fait aussi partie de la cohorte 2019 de Parcours développement durable Montréal, un organisme qui accompagne des entreprises pendant un an pour les aider à développer de nouvelles idées et élaborer des modèles d’affaires durables. La conscientisation personnelle, c’est une chose. En tant qu’entreprise, notre devoir passe par des actions concrètes.

Finalement, vous êtes optimistes ou pessimistes quant à l’avenir de l’humanité ?

KIM : C’est toujours un défi de garder la tête haute quand on a l’impression, d’une étude à l’autre, que l’«heure a sonné». Mais je crois que si on investit intelligemment en éducation, on peut trouver des solutions et s’en sortir.

XAVIER : Optimiste, oui. Si on abandonne nos habitudes de surconsommation et si on pose au quotidien des actions qui vont dans le bon sens, on arrive à se lever le matin avec des pistes de solution en tête, sans être complètement fataliste.

 

Propos recueillis par Nicolas Roy

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